VANDENDORPE, Christian. Livre virtuel ou codex numérique ? : Les nouveaux prétendants. Bulletin des bibliothèques de France, 2000, numéro 6, p 17-22.
L'article commence par un historique de l'objet livre et notamment l'histoire du papyrus qui faisait apparaître le texte au fur et à mesure qu'on le déroulait. Suit une citation de Colette Sirat qui nous dit : "Il faudra vingt siècle pour qu'on se rende compte que l'importance primordiale du codex pour notre civilisation a été de permettre la lecture sélective et non pas continue, contribuant ainsi à l'élaboration de structures mentales où le texte est dissocié de la parole et de son rythme". Le livre sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui permet au lecteur d'adapter son chemin de lecture à ses envies, sans être contraint à la linéarité que proposait en son temps le papyrus.
La lisibilité a évolué au fil du temps : la typographie s'est mise à respecter des règles visuelles, la ponctuation est apparue, de même que l'alinéa ainsi que d'autres règles. Tout cela a permis de favoriser l'usage des livres. Les grandes encyclopédies du XVIIIème siècle ont introduit la notion de lecture "tabulaire" qui autorise, pour ne pas dire qu'elle impose, une lecture non linéaire du document. L'objectif est d'accéder directement à l'information recherchée quelque soit l'ordre.
L'explosion de l'offre de documents sur support informatique ces dernières années est principalement due aux quantités de mémoires disponibles. En effet, le numérique permet de faire mieux que ce que ne pourra jamais faire le codex puisque la quantité de documents numériques pouvant être transporté par un seul individu est colossale.
Pour autant, la lecture sur écran n'a pas encore remplacé la lecture papier. Cela s'explique par deux raisons : la mise en forme du texte à l'écran et le support matériel. La mise en forme des documents électroniques n'est que rarement régulière et de ce fait ne facilite pas la lecture. Quant aux écrans, ils sont difficilement manipulables par rapport aux codex et se présentent à la verticale alors que les livres peuvent être lus dans toutes les positions. De nombreux documents numériques sont plus proches du papyrus qu'ils ne le sont du codex dans le sens ou l'on est obligé de faire défiler le texte de haut en bas pour accéder à l'information.
Le texte électronique évolue cependant et tend à s'inspirer des règles qui ont fait le succès des codex. Le Glassbook est un bon exemple de cette adaptation. Il s'agit en fait d'un document qui présente une page écrite comme celle d'un livre, avec des marges suffisantes pour que l'œil puisse se reposer, le numéro des pages est également proposé, ce qui n'est pas le cas sur la plupart des "pages" de sites web. Les caractères sont en polices vectorielles, ce qui permet de zoomer fortement sans que cela dégrade la qualité de la visualisation. Le Glassbook propose également de créer des signets et d'annoter des pages comme on peut le faire avec un codex, mais cette fois sans dégrader le document original. Il est également possible d'accéder à la définition d'un mot en effectuant un clic sur celui-ci. Cette solution se rapproche donc du codex tout en apportant des outils nouveaux propres à l'informatique.
Le concept du Glassbook peut être amélioré. L'affichage d'une double page et la mise en place d'effets visuels simulant le changement de page éventuellement accompagné d'un bruit de papier significatif permettrait de se rapprocher encore davantage du codex. Mais l'objectif de ces évolutions ne serait pas de faire ressembler le document électronique au codex, mais d'informer le lecteur que sa demande (changement de page par exemple) a été traitée.
Reste l'important problème du support. Pour tenter d'y répondre, certains industriels parient sur le livre électronique qui serait bien plus facilement manipulable qu'un ordinateur et donc plus proche de l'utilisation d'un codex. Cependant, le livre électronique ne pourra jamais faire jeu égal avec ce dernier puisqu'il est limité à l'affichage d'une seule page et qu'il est impossible de feuilleter l'ouvrage.
La solution alternative qui pourrait résoudre tous les problèmes serait l'encre électronique. Il s'agirait d'un document composé de feuilles de plastique enfermant un liquide et qui pourrait afficher différents contenus selon les instructions d'un microprocesseur. Ce support serait physiquement très proche du codex puisqu'il serait composé de plusieurs pages dont le contenu serait visible en permanence. Ce même contenu pourrait également être changé comme cela se fait pour les livres électroniques. Ce type de support pourrait donc répondre à toutes les attentes en "intégrant les atouts de lisibilité, de maniabilité et de portabilité" du codex et en ajoutant "l'indexation intégrale, la connectivité à la bibliothèque universelle, l'hyper textualité et l'interactivité".
Cet article présente de manière très concise, mais néanmoins très efficace, l'histoire du document livre et des documents électroniques. Les avantages et inconvénients de chacun sont assez bien expliqués, même si le problème de la pérennité des documents n'est pas abordé.
Ce document date de 2000 et prédit un bel avenir à l'encre électronique. Or aujourd'hui, aucune offre commerciale n'existe encore pour ce type de support. Certains fabricants vont tenter dans les prochains mois de relancer le livre numérique qui n'a pas encore réussi à trouver son public. Il s'agira donc de la deuxième génération de livres électroniques, mais les problèmes évoqués dans cet article à leur sujet restent encore d'actualité. Le livre papier semble donc promis à un bel avenir. Cependant, si l'encre électronique venait à être exploité commercialement il est possible qu'elle révolutionne les habitudes de lecture.